Découvrez-en plus sur le dromadaire



Dromadaire ou Chameau? En fait, l’animal que je vous présente aujourd’hui est une espèce de l’ordre des Artiodactyles, de la famille des camélidés et du genre Camelus. Dans ce genre, il existe trois espèces distinctes dont entre autres : Camelus bactrianus ainsi que Camelus dromedarius; de leur petit nom respectivement chameau et dromadaire… Certains vont dire du dromadaire et du chameau qu’ils ne font partie que d’une seule et même espèce étant simplement des variétés de la même espèce. Les fervents du classement sous la même espèce défendront leur dire en soutenant que même le dromadaire a en réalité deux bosses et que le fait qu’il n’en présente qu’une seule est dû au simple fait que les deux bosses sont fusionnées. Ceci n’est pas totalement faux ! Lors de la gestation, le fœtus de dromadaire présentera effectivement deux bosses à l’état fœtal et celles-ci se fusionneront pour n’en former qu’une seule peu de temps avant la naissance de ce dernier. Les fervents du classement sous la même espèce soutiendront également que les deux animaux (dromadaire et chameau) peuvent s’hybrider (Hybride que l’on nomme Turkoman et qui présente qu’une seule bosse légèrement subdivisée en deux). Par contre, la définition biologique du terme espèce veut que celle-ci soit l’ensemble des êtres qui donnent entre eux des produits féconds. Or, l’hybride issu du dromadaire et du chameau demeure fécond si ce dernier est une femelle, alors que l’hybride mâle issu du croisement entre les deux espèces est généralement stérile. Aussi, en biologie, on dit souvent que l’embryogénèse récapitule l’évolution. En d’autres mots, cette état fœtal où les deux bosses sont présentes ne fait que préciser que l’ancêtre du dromadaire devait, tout comme le chameau, lui aussi présenter deux bosses sur son dos. L’ancêtre du genre Camelus remonte à environ 50 millions d’années. Les dromadaires issus de cette espèce ancestrale du genre Camelus auraient fait apparition via le processus de sélection naturelle il y a de cela environ 2 à 3 millions d’années et auraient donc donné deux espèces distinctes encore présentes aujourd’hui sur terre, soit le chameau et le dromadaire.


Le dromadaire est un animal assez imposant. Sa taille peut aller jusqu’à 225 cm et son poids peut varier du simple 450 à 1100 kilogrammes. Le crâne de l’animal possède des particularités intéressantes à son espèce. Les sinus de l’animal (ces cavités que l’on retrouve à l’intérieur même de la structure osseuse de la tête) sont très profonds et possèdent une capacité physiologique très importante pour cette espèce désertique. En fait, leur structure permet à l’animal d’humidifier l’air inspiré et de conserver une partie de l’humidité de l’air expiré. Lors de l’expiration, l’irrigation des sinus fait condenser l’eau qui est ainsi retenue. Les longs cils et les narines du dromadaire sont également spéciaux. En fait, les cils protègent les yeux de l’animal du sable désertique et les narines en ayant la capacité de se fermer totalement protègent les cavités nasales contre ce même sable désertique. De plus, la tête est soutenue bien droite dans les airs par les vertèbres cervicales. L’animal possède un cou plutôt long. À l’instar de la girafe, ce dernier ne possède comme tous les autres mammifères soit le chien, ou encore comme nous-mêmes que 7 vertèbres cervicales : ces dernières ne sont que simplement plus grosses. Tout comme le cheval, le dromadaire possède un puissant ligament cervical situé juste au-dessus des vertèbres de son cou afin de réussir à maintenir une tête aussi lourde au sommet d’un cou plutôt long. Comme chez le cheval, il est possible de déterminer l’âge d’un dromadaire par l’usure de ses dents. Par contre, cette usure peut varier selon les conditions alimentaires de l’animal (le sable jouant un rôle abrasif en condition désertique) pouvant ainsi faire paraître l’animal plus vieux qu’il ne l’est vraiment. Les dromadaires auront tout comme nous et tout comme le cheval deux poussées dentaires durant leur existence : 22 dents de lait et 34 dents d’adulte. Bien que le dromadaire puisse atteindre l'âge vénérable (pour un herbivore) de 40 ans, il est peu fréquent d'observer des animaux de plus de 20 ans et ce, suite à la défaillance de la denture. Les dromadaires ont très peu de glandes sudoripares, et elles sont réparties un peu partout sur le corps de l’animal. Ce qui, évidemment, constitue une adaptation physiologique extraordinaire pour cet animal désertique. Il n’y a que très peu de perte hydrique par transpiration et l’animal conserve ainsi son eau ! De plus, le système homéostatique de l’animal est capable d’arrêter complètement la sudation de l’animal afin d’économiser cette eau si précieuse lorsque le besoin s’en fait sentir. Les mâles dromadaires possèdent des glandes occipitales … Une sorte de glandes sudoripares modifiées qui sont situés sur la partie occipitale du crâne de l’animal (tout juste derrière la tête de ce dernier). Ces glandes sécrètent un liquide très riche en stéroïdes dont l’odeur est plutôt caractéristique. Chez les mâles, ces glandes sont plutôt actives, et ce, surtout en période de rut. Par contre, le rôle de ces glandes sur le comportement sexuel des dromadaires est encore bien méconnu. Bien entendu, les dromadaires, comme tous les mammifères, possèdent des veines jugulaires situées dans leur cou… Les vétérinaires utilisent souvent cette veine pour les prélèvements sanguins que ce soit chez le chat, le chien, le cheval … et bien entendu, chez le dromadaire également ! Les nomades du désert le font aussi. En fait, une de leur coutume est de prélever du sang de dromadaire (jusqu’à 7 litres) et de le consommer ainsi ou encore, mélangé avec du lait. Le sang du dromadaire possède une bonne capacité d’adaptation à la vie en milieu désertique. Chez les espèces animales domestiques régulières, une perte importante d’eau fera augmenter la viscosité du sang de l’animal (sang plus épais). Cette augmentation de la viscosité du sang de l’animal se traduit par une augmentation de la température corporelle. Or, chez le dromadaire, le sang reste plutôt liquide lorsque sa composition en eau diminue… évitant ainsi l’augmentation de la température corporelle … C’est donc une autre belle adaptation à la vie du désert ! Niveau moustique, les dromadaires ont avantage à vivre au fond du désert … là où les moustiques se font beaucoup plus rares. Si les chevaux ont tendance à utiliser leur queue comme anti-moustique, la longueur de celle du dromadaire la rend plutôt inefficace en ce domaine. De la même façon, les autres herbivores vont généralement posséder une peau plutôt mobile qu’ils pourront secouer quelque peu, lorsqu’ils sont embêtés par les fameuses mouches, évitant ainsi les piqûres ou les morsures si désagréables. Par contre, la peau du dromadaire étant peu mobile. La peau du dromadaire est plus épaisse sur le dos, ce qui s’avère très pratique pour les harnais et les montures qu’il doit souvent porter. Sur le sternum et au niveau des membres, la peau de l’animal est souvent recouverte de tissus corné protégeant ainsi les points de contact de l’animal avec le sol qui non seulement pourraient s’irriter à la longue, mais qui pourraient également brûler en raison de la forte chaleur du sable désertique. La peau du dromadaire est évidemment toute garnie de poils… Elle aborde un pelage dont la robe varie entre le blanc et le fauve, ce qui évite aussi l’absorption des rayons lumineux et secondairement de la chaleur qui leur est reliée. La toison de l’animal tombe en été (mue saisonnière, permettant à l’animal de dissiper davantage sa chaleur tout en effectuant un isolant thermique contre le chaud soleil désertique ! Contrairement à la plupart des ruminants, comme le bovin et les équins, le pied du dromadaire ne possède pas de sabot. Il est ainsi un digitigrade et non pas un onguligrade. Il possède à l’intérieur du pied, un coussinet fait de tissu adipeux, rendant le tout bien adapté à la marche plutôt difficile dans le sable. En fait, il est si bien adapté que même la course pour lui dans le désert est loin d’être un problème. Le mot dromadaire provient du gres dromas et signifie dans cette langue coureur. Le dromadaire est un ambleur … c'est-à-dire qu’il va avancer en déplacent les deux pattes situées du même côté en même temps. Dans une seule journée, le dromadaire peut ainsi parcourir plus de 160 kilomètres.


Une bosse pleine d’eau !!! C’est ce que prétend la légende… Il faut ici apporter une petite rectification : la bosse située sur le dos de l’animal n’est en fait que du tissu adipeux… en d’autres mots du tissu graisseux. Elle est donc entièrement composée de gras. Certains pourraient croire que les apophyses transverses des vertèbres de la colonne vertébrale situées à cet endroit sont plus longues que les autres situées ailleurs sur la colonne vertébrale de l’animal. Ceci est tout à fait faux… bref la bosse du dromadaire n’est qu’un amas de gras situé sur le dos de l’animal. La taille de la bosse varie évidemment en fonction de l’état nutritionnel de l’animal. Un peu comme chez l’homme et son ventre !!! Elle peut peser plus de 100 kilogrammes. Si la fameuse bosse du dromadaire n’est pas constituée d’eau mais bel et bien de graisse, le dromadaire est tout de même un des seuls à pouvoir la – transformer – en eau (réaction physiologique d’oxydation (issue de la fonte des graisses se combinant à l'oxygène procuré par la respiration pour fournir l'indispensable complément d'eau). Un animal à la bosse bien grasse peut produire jusqu’à 40 litres d’eau. Ainsi, en saison chaude, l’animal peut cesser de boire pendant environ 2 à 3 semaines alors qu’en saison fraîche, cela peut aller jusqu’à 5 semaines. Après une longue période de jeûne d’eau, le dromadaire peut boire jusqu’à 200 litres d’eau en moins de 3 minutes … ce que non seulement aucune autre espèce standard n’est en mesure de faire... et de toute façon, si une autre espèce réalisait cet exploit, cela occasionnerait une hémolyse intravasculaire (éclatement des globules rouges sanguins) et secondairement la mort de l’animal. Cette capacité d’ingurgitation d’une si grande quantité d’eau par l’animal relève d’une adaptation évolutive remarquable au niveau anatomique de l’estomac de l’animal. L’estomac présente des – alvéoles aquifères – capables d’emmagasiner la quantité si importante que l’animal a consommée. Également, l’amas de graisse blanche que constitue la bosse sur le dos de l’animal permet d’éviter que le gras soit réparti dans les régions sous-cutanées des autres parties du corps. Le fait que le gras soit localisé à un seul endroit fait en sorte que l’animal ne possède pas une – couche isolante – répartie un peu partout sur son corps et il peut ainsi mieux se refroidir. Une des grandes pertes d’eau chez les mammifères est évidemment la diurèse (production d’urine). Le dromadaire est capable de produire une urine extrêmement concentrée afin de minimiser les pertes d’eau associées à cette dernière. Par exemple, le dromadaire perd 0,1 % de son poids corporel lorsqu’il urine en état de déshydratation alors qu’un mouton déshydraté pourra perdre près de 2 % de son poids. On dit que l’urine du dromadaire est deux fois plus concentrée que l’eau de mer. Par contre, certains éléments éliminés par l’urine demandent une grande quantité d’eau, tels que l’urée et le glucose. Le dromadaire, réussit malgré tout à contrôler la concentration de ces éléments tout en concentrant ses urines, ce qui est du point de vue physiologique tout à fait remarquable.

Les dromadaires laissés libres vont généralement constituer des groupes d’individus pouvant aller jusqu’à une trentaine de têtes composée d’un mâle dominant et d’une quinzaine de femelles et de leurs petits. Durant la saison des amours (en février), le dromadaire mâle est plutôt agressif. Il peut mordre, donner des coups de tête et botter un peu tout le monde. De plus, il perd l’appétit, son poids diminue et a même de la diarrhée. L’animal va également uriner très souvent et produira une quantité importante de salive. Bref, de quoi en rendre plus d’un de mauvaise humeur. Le mâle possède une plaie au niveau de sa cavité buccale plutôt spéciale. Le palais des animaux est généralement constitué d’une partie molle et d’une partie osseuse. La section osseuse est passablement étroite chez cette espèce. Cette structure peut être extériorisée par le mâle. Ainsi, le mâle en rut sortira constamment son voile du palais et on peut donc voir sortir de sa bouche une structure tissulaire faite de chaire rose et humide. Les Arabes appellent cette structure Doula. Le mâle s’accouplera avec la femelle environ 4 fois par jour et cela durera au plus une quinzaine de minutes. On pourrait facilement transférer l’expression chaud lapin au chameau… Un mâle en saison de reproduction pourra servir jusqu’à 70 femelles chaque saison de reproduction. Une fois ce bon travail accompli, - maman dromadaire- sera en gestation pendant environ 13 mois. Quand le grand jour survient, la femelle s’éloigne du reste du troupeau, se passe en position baraquée et met bas son rejeton. Le rejeton né, la femelle recommencera un cycle, environ 1 an plus tard, la reproduction ayant lieu à tous les deux ans. Pendant la lactation, le dromadaire pourra produire jusqu’à 24 litres de lait. On dit du lait de dromadaire qu’il est très riche en protéines et en vitamine C. Deux litres de ce lait serait suffisant pour couvrir les besoins protéiniques d’un homme pour toute une journée. Le dromadaire est élevé pour son lait. Cette industrie subsaharienne est très récente et plutôt intéressante. Bien souvent, les dromadaires produiront plus de lait qu’un traditionnel bovin. On l’élève également pour sa viande, en raison de la localisation graisseuse au niveau de ses deux bosses. Le dromadaire est également utilisé par l’homme pour ses capacités de travail. Il est utilisé au Niger, dans certaines villes, comme – camion à ordures-. En fait, on s’en sert pour transporter les ordures ménagères. On l’utilise en Inde et au Kenya pour transporter des bibliothèques ambulantes de village en village. De quoi devenir savant ! Un dromadaire – plein – et – chargé à bloc- peut se déplacer à une vitesse pouvant aller jusqu’à 7 kilomètres à l’heure et marcher ainsi durant 50 kilomètres.


Bien sûr, à l’instar des vaches, chevaux, chèvres, moutons, cerfs de Virginie, etc., le dromadaire est un ruminant, c'est-à-dire qu’il possède comme ces autres espèces un estomac subdivisé en quatre compartiments : en fait 3 pré-estomacs et 1 estomac véritable. Il se nourrit ainsi d’herbe, de feuilles, de branches et de petites plantes épineuses qui poussent dans le désert. La capacité des dromadaires à digérer les fourrages pauvres est bien meilleure que celle des autres ruminants domestiques. Cela est tout simplement dû au fait qu’il y a chez le dromadaire, une plus grande rétention des particules solides dans les pré-estomacs, ce qui occasionne un plus grand temps de contact avec les micro-organismes qui les digèrent. La réserve énergétique la plus – concentrée – en énergie chez tous les mammifères est bien entendu les lipides. Chez tous les ruminants, la forme énergétique la plus utilisée est l’acide gras volatile (une sorte de lipide). Ce ruminant plus conventionnel ne génère donc le glucose à partir de ces acides gras volatiles (processus hépatique (par le foie) de production de glucose à partir des lipides). Chez le dromadaire, la néoglucogenèse (production de glucide par le foie sans l’utilisation des lipides) est très active et permet donc au dromadaire de conserver une glycémie normale même en période de jeûne prolongé et ce, sans consommer les lipides conservés dans sa graisse. Le cycle de l’urée de l’animal est lui aussi tout à fait particulier. En fait, en période de jeûne, l’animal est capable de palier au manque de protéines alimentaires en recyclant son urée (produit de dégradations des protéines). Le dromadaire n’excrétera donc que 1% de son urée contre 23% chez le mouton. Tout un recyclage ! En ce qui a trait aux minéraux, le métabolisme du dromadaire semble toujours sur le qui-vive et entrain d’anticiper une possible période de sous-alimentation. Il augmente ses capacités d’absorption, il augmente ses capacités de storage, etc.


Un tel animal, si bien adapté au milieu désertique origine évidemment du Moyen-Orient, plus précisément du sud de la péninsule arabique, lieu de sa domestication 2000 à 3000 ans avant J.-C. Le dromadaire a été réintroduit dans l’Afrique du Nord à l’état domestique au tout début de l’ère chrétienne au moment de l’assèchement de Sahara alors que la forme sauvage initiale y était disparue. Aujourd’hui, on le retrouve dans toute la région située dans le nord de l’Afrique et au Moyen- Orient. Il a également été introduit par la suite en Amérique du Nord et du Sud, en Afrique du Sud et en Australie. Les résultats de cette introduction sont plutôt inégaux et seules les populations australiennes sont aujourd’hui significatives. Dans les autres régions du monde, on le retrouve généralement en milieu zoologique. On estime la population mondiale de dromadaire à 20 millions de têtes et c’est la Somalie qui en serait le pays champion avec un ratio de deux dromadaires par habitant, faisant ainsi de cet animal, un animal qui est loin d’être menacé !

logo-facebook.png

Charles Vétérinaire
Propriétaire de la Clinique vétérinaire rue Ontario inc.
(514) 442-7010

charlesveterinaire@gmail.com

1205, rue Ontario Est, Montréal, QC, H2L 1R4

© 2020 Charles Vétérinaire. Tous droits réservés.